Une dernière danse

Recherche en croissance 

Que devient une matière lorsqu'elle cesse d'être utile ?

Comment faire apparaître la puissance contenue dans ce qui est perçu comme une perte ?

Depuis plusieurs années, je collecte les cheveux qui tombent de ma tête. Fragiles et omniprésents, ils apparaissent comme les traces discrètes d'une métamorphose permanente. Chaque cheveu porte l'histoire d'un corps, puis s'en détache pour devenir un fragment autonome, une matière errante. Il ne sert plus à être beau. Il ne sert plus à séduire. Il ne sert plus à protéger. Sa fonction sociale est terminée. 

Je souhaite déplacer le regard, le cheveu tombé n'est plus le signe d'une perte.

Il devient un matériau actif. Une force. Une présence. Presque un personnage. 

À travers le dessin, la vidéo et la sculpture, j'explore ce moment de bascule où le cheveu cesse d'appartenir au corps sans pour autant devenir inerte. Je m'intéresse à son statut ambigu : vivant puis mort, intime puis abandonné, précieux puis déchet.

Le projet s'appuie sur différentes sources iconographiques : représentations du cheveu dans la peinture, promesses publicitaires, récits mythologiques ou encore les photographies partagées par des femmes concernées par l'alopécie. Ces images révèlent la manière dont le cheveu a été chargé de significations : force, vitalité, féminité, pouvoir ou séduction.

En parallèle, je collecte mes propres cheveux et observe leurs comportements. Filmés dans l'eau, ils semblent retrouver une forme d'autonomie. Portés par les micro-courants, ils dansent, dérivent et se transforment. Ces fragments abandonnés deviennent les acteurs d'un dernier voyage, liquide, racinaire et élémentaire.

La sculpture prolonge cette réflexion en cherchant à inverser l'imaginaire de la perte. Les cheveux recueillis (les miens et ceux d’autres femmes participantes) deviennent cordes, tresses, pinceaux ou structures capables de soutenir, relier ou transmettre. Ce qui semblait fragile révèle alors sa résistance.

One Last Dance envisage ainsi le cheveu tombé comme un matériau biographique et collectif. Une matière de transition qui raconte à la fois l'érosion des corps, leur capacité de transformation et la force discrète contenue dans ce qui est habituellement perçu comme une perte.