La cage d'escalier

C’est toujours la même miette que je croise quand je monte les escaliers de mon immeuble, entre mon étage et le rez-de-chaussée, à vue de nez cela ressemble à une miette de pain au chocolat : plutôt dorée sur le dessus, au feuilletage écrasé et laissant un halo beurré autour d’elle. Comme si personne n’avait envie ni de la ramasser, ni de la balayer, comme si on se disait tous la même chose quand on la voyait : Peut-être que ça nous désespère de savoir que tout le monde s’en fout mais ça ne nous dérange pas pour émettre une petite résistance au simple fait de devoir faire quelque chose. 
Il n’y a surement pas de petites batailles me direz-vous. 
Et moi ? Moi, je ne suis pas du tout du genre à ouvrir mon paquet rempli de viennoiseries avant d’arriver chez moi, c’est absurde, pourquoi ferais-je ça ? Et puis, je n’aime pas trop ça les viennoiseries, du moins pas toute seule. A moins que ce soit quelqu’un que je connais ? Un ami ? Un parent ? Il faut dire que j’ai un entourage assez gourmand. Je les imagine un par un passer la porte principale et ne pas résister au fait de piquer un croc dans de la viennoiserie chaude avant d’ouvrir la deuxième porte. Ou alors, cela peut-être en partant de chez moi à la hâte : “Oups, vite, une dernière bouchée avant de partir, je suis en retard !” Je dois finalement avouer qu’avec le temps la présence de cette miette ne me dérange plus. Et, peut-être que si elle se trouve encore là, ne suis-je pas la seule ? Peut-être est-elle devenue un point de repère pour mes voisins qui se demandent chacun tour à tour : « Mais qui est l’auteur de cette miette ?“