Ils saisirent la fluidité des choses naissantes, la labilité du monde en formation. Entre ce que Valéry appelait ‘le vide et l’événement pur’, dans cette indécision du temps et de l’espace où surgit la forme, déjà discernable et dicible, pas encore fixée, ils pensèrent la création en songeant à la graine et à la plante, au levain et à la pâte, à la présure et au fromage, à la semence et à la greffe.
— Jackie Pigeaud, l’Art et le Vivant, 1995.
IMG_3454.jpg

Pygmalion, le sculpteur en train de courir après le vivant.
Quel est ce désir de l’artiste de capturer un instant fugace et de vouloir l’enfermer dans un bloc de plâtre ? Quelle est notre relation avec nos propres corps inconcevables ? Comment les formes naissent-elles dans l’atelier et comment vivent-elles ailleurs ? Comme avec un aquarium, s’agit-il de les rendre observables ?

À l’attention de la matière, dans ses changements d’états et des corps se transformant, qui se cristallisent dans leur mouvement, je tente de saisir la forme dans son élan, dans sa rencontre avec d’autres. Je me pose la question de comment conserver cette vitalité apparue soudainement, un instant qui se rapproche d’un sentiment de «Panique*» : cette «soudaine et intolérable conviction que tout est vivant».

Le dessin se situe dans un espace blanc, un temps juste avant ou pendant, où les formes sont toujours en mouvement, il a à voir avec l’aveuglement.
Il est oeil éclaté et coquille à la fois. Et il y a un moment précieux, celui de l’éclosion. Le terrain devient plâtreux et les formes tombent au sol. L’expérience est réanimée par le corps, le geste est imprimé dans la matière, par des tentatives d’empreintes et de moulages, dans ses vides et ses pleins, dans ce qu’il y a de mou et de dur. 

 

* William Burroughs, L'ombre d'une chance, (Ghost of chance 1991)